lundi 19 mai 2008

Du basculement sémantique confinant à la promotion du capitalisme.

J’ai un défaut. Plutôt si l’on veut être précis j’ai une obsession, celle des mots, et de leur sens.

Je pense être quelque peu intransigeant sur le sujet : si l’on utilise un mot, l’on doit être bien sûr de ce que ce mot comporte, véhicule, traduit, etc.

On doit être capable de saisir le mot non seulement dans son sens étymologique mais aussi dans son sens « galvaudé », ce même sens qui s’est formé après des dizaines d’années d’utilisation du dit-mot, qui prend en compte les changements et les évolutions de notre langue.

J’ignore très sincèrement, si dans le cas qui nous préoccupe, l’orateur auquel je vais faire référence a pleinement mesuré le sens, voire l’impact des mots qu’il a utilisé, ou en l’occurrence, DU mot qu’il a utilisé.

Petite mise en situation : je suis chez moi, je zappe nonchalamment chaine après chaine sur cette télévision devenue superflue depuis l’avènement d’internet (que voulez vous, je n’arrive jamais vraiment à m’en passer.), et voilà que je tombe sur l’émission de l’excellent Yves Calvi « Mots croisés ».

Beaucoup (trop ?) d’invités sont là dont l’inénarrable Vincent Peillon, homme de gauche si j’en crois son étiquette, car c’est effectivement de cela dont il va s’agir.

Le sujet de l’émission importe peu, pour moi, finalement, car une seule expression, un seul mot relève mon attention : Celle utilisée par le sus-nommé Vincent Peillon d’offre politique (j’ose imaginer qu’il répondait à une question des plus actuelle sur l’état de la gauche, et a fortiori de « l’esprit de gauche ».).

Voilà bien une expression qui entre peu à peu dans la sémantique courante des politiques, « offre politique ».

L’emploi du mot «offre » est pour moi perverse tant sur le plan étymologique que sur le plan sociétaire.

Sur le plan étymologique d’abord, car si l’on s’en réfère au dictionnaire, au mot « offre » l’on trouve « action d’offrir », et si on veut expliciter « offrir », nous avons « Donner comme cadeau ».

Voilà bien une chose curieuse : une politique serait un cadeau fait à la population ?

On comprend assez vite que monsieur Peillon ne faisait pas référence à l’offre dans son sens étymologique, bien qu’il en eut finalement été mieux inspiré…

Non, soyons honnêtes, le mot « offre », aujourd’hui supporte des notions directement impliquées par l’économie de marché et le capitalisme dans son ensemble, qui, selon notre président « marche sur la tête » mais n’empêche pas de faire tourner la tête des hommes qui se réclament de gauche.

Nous voilà donc aujourd’hui conseillés de choisir nos convictions politiques comme on choisit un opérateur téléphonique.

« Quelle offre se trouve être la meilleure, selon ma situation personnelle ? »

C’est la question que l’on doit dés maintenant se poser, si l’on en croit un homme de gauche.

Malheureusement pour lui, et pour d’autres, dont notre président en mal d’amour populaire, les convictions profondes ne peuvent et ne doivent pas se décider selon un intérêt personnel, c’en est en fait toute l’antithèse.

La politique, c’est un projet collectif, une vision parfois prophétique qui vise à accompagner un peuple dans son ensemble vers plus de cohérence et de justice.

Absolument rien à voir donc, avec une offre commerciale qui vise à segmenter et susciter les intérêts personnels de chacun.

1 commentaire:

Nicolas Raviere a dit…

C'est dans ce sens que va la société, de plus en plus et surtout de plus en plus vite. Et ca permet aussi d'impliquer les gens, avec moins d'"abstraction". La politique est trop complète pour la masse, il faut savoir la rendre attrayante. Les campagnes électorales sont comme des opérations séductions, certes moins qu'aux States, mais une opération séduction tout de même. On fera ça ou ça pour vous = offre. C'est logique. La dernière campagne présidentielle ressemblait même à un mauvais programme TV.