vendredi 6 juin 2008
De la nostalgie de la découverte de soi.
Je pense particulièrement au moment ou j'ai pu, un jour, me regarder en face et dire "je suis homosexuel". A la mesure d'une vie d'homme, ce n'est pas si lointain, mais cela parait pour moi aujourd'hui une éternité. Les choses évoluent tellement vite, paraitrait il que l'on s'en rend moins compte à mesure que l'on avance en age. J'attends de voir ça.
C'est intéressant de revenir sur ce genre de souvenirs, surtout pour une personne de mon genre, qui aime à tout décrypter, analyser, décortiquer.
Intéressant aussi dans le sens ou, dans mon cas, je n'arrive pas à déterminer si cette acceptation s'est faite en un bloc, ou par à-coups.
Un peu des deux je pense.
En vérité, ce fut une sorte de fulgurance d'à-coups, précisément placés la au bon endroit, au bon moment, ou peut être cherchais-je cet endroit, et ce moment. Whatever.
Il y eut d'abord cette série, Queer as Folk, qui à tous les points de vue artistiques me semblait médiocre : scénario téléphoné, réalisation faussement moderne, rôles caricaturaux...
Mais voilà bien l'exemple très énervant, pour qui aime les choses pré-établies, d'une œuvre libératrice (elle le fut pour moi en tous les cas).
Voilà que j'avais en face de moi ce sur quoi je n'osait même poser une appellation : homosexualité.
Je me souviens du premier épisode et de la bouffée d'oxygène que j'ai ressentie à ce moment. Plus que physique : viscéral.
Il y eut aussi et surtout un blogeur, Nicolas, dont la liberté de ton et d'esprit me subjuguait.
Je me souviens dévorant chacun de ses billets, attendant impatiemment les nouveaux.
Je doute qu'il puisse vraiment réaliser à quel point son travail a pu faire partie intégrante de ma construction, et pour être honnête, j'aime autant qu'il ne s'en rende jamais compte.
Je tenais tout de même à lui faire ce clin d'oeil.
évidemment, il y eut aussi un garçon, mais je ne me sens pas de me livrer à ce point là, et pas tout de suite.
(Ce genre de phrase, ça s'appelle "fidéliser la clientèle" : si vous êtes un peu curieux, et je suis sur que vous l'êtes, vous reviendrez me voir me répandre sur ces méandres cybernétiques !).
lundi 19 mai 2008
Du basculement sémantique confinant à la promotion du capitalisme.
J’ai un défaut. Plutôt si l’on veut être précis j’ai une obsession, celle des mots, et de leur sens.
Je pense être quelque peu intransigeant sur le sujet : si l’on utilise un mot, l’on doit être bien sûr de ce que ce mot comporte, véhicule, traduit, etc.
On doit être capable de saisir le mot non seulement dans son sens étymologique mais aussi dans son sens « galvaudé », ce même sens qui s’est formé après des dizaines d’années d’utilisation du dit-mot, qui prend en compte les changements et les évolutions de notre langue.
J’ignore très sincèrement, si dans le cas qui nous préoccupe, l’orateur auquel je vais faire référence a pleinement mesuré le sens, voire l’impact des mots qu’il a utilisé, ou en l’occurrence, DU mot qu’il a utilisé.
Petite mise en situation : je suis chez moi, je zappe nonchalamment chaine après chaine sur cette télévision devenue superflue depuis l’avènement d’internet (que voulez vous, je n’arrive jamais vraiment à m’en passer.), et voilà que je tombe sur l’émission de l’excellent Yves Calvi « Mots croisés ».
Beaucoup (trop ?) d’invités sont là dont l’inénarrable Vincent Peillon, homme de gauche si j’en crois son étiquette, car c’est effectivement de cela dont il va s’agir.
Le sujet de l’émission importe peu, pour moi, finalement, car une seule expression, un seul mot relève mon attention : Celle utilisée par le sus-nommé Vincent Peillon d’offre politique (j’ose imaginer qu’il répondait à une question des plus actuelle sur l’état de la gauche, et a fortiori de « l’esprit de gauche ».).
Voilà bien une expression qui entre peu à peu dans la sémantique courante des politiques, « offre politique ».
L’emploi du mot «offre » est pour moi perverse tant sur le plan étymologique que sur le plan sociétaire.
Sur le plan étymologique d’abord, car si l’on s’en réfère au dictionnaire, au mot « offre » l’on trouve « action d’offrir », et si on veut expliciter « offrir », nous avons « Donner comme cadeau ».
Voilà bien une chose curieuse : une politique serait un cadeau fait à la population ?
On comprend assez vite que monsieur Peillon ne faisait pas référence à l’offre dans son sens étymologique, bien qu’il en eut finalement été mieux inspiré…
Non, soyons honnêtes, le mot « offre », aujourd’hui supporte des notions directement impliquées par l’économie de marché et le capitalisme dans son ensemble, qui, selon notre président « marche sur la tête » mais n’empêche pas de faire tourner la tête des hommes qui se réclament de gauche.
Nous voilà donc aujourd’hui conseillés de choisir nos convictions politiques comme on choisit un opérateur téléphonique.
« Quelle offre se trouve être la meilleure, selon ma situation personnelle ? »
C’est la question que l’on doit dés maintenant se poser, si l’on en croit un homme de gauche.
Malheureusement pour lui, et pour d’autres, dont notre président en mal d’amour populaire, les convictions profondes ne peuvent et ne doivent pas se décider selon un intérêt personnel, c’en est en fait toute l’antithèse.
La politique, c’est un projet collectif, une vision parfois prophétique qui vise à accompagner un peuple dans son ensemble vers plus de cohérence et de justice.
Absolument rien à voir donc, avec une offre commerciale qui vise à segmenter et susciter les intérêts personnels de chacun.